OSTARA TRAPPIST TOUR

Une aventure du Ostara Bicycle Club

Une semaine de cyclo-camping en Belgique entre amis pour y faire le tour des abbayes trappistes et déguster des bières légendaires à même leurs sources.

Le Ostara Bicycle Club est un collectif d’amis partageant le même engouement pour l’aventure à vélo, une certaine idée du voyage et de la découverte. A l’heure où il est aussi facile d’aller passer un week-end à Budapest que de traverser une grande ville en transports en commun, nous aimons croire qu’un voyage plus simple, plus lent et plus écologique nous apportera tout autant d’émotions et nous permettra de partager de nombreux moments inoubliables.

L’idée de ce voyage avait germé il y a plus d’un an autour d’une bière trappiste entre amis, à partir d’une idée aussi simple que séduisante : et si nous essayions de relier à vélo toutes les abbayes trappistes pour aller y boire leurs bières ? Il n’existe que douze brasseries dans le monde pouvant bénéficier de l’appellation « Authentic Trappist Product » car les critères sont stricts : le brassage doit être réalisé au sein d’une abbaye trappiste, la commercialisation doit se faire par les moines ou sous leur contrôle et les bénéfices des ventes doivent être consacrés au fonctionnement de l’abbaye ou aux œuvres caritatives et sociales sélectionnées par les moines. La moitié de ces abbayes se trouvant en Belgique (pour le reste : deux aux Pays-Bas, une en Autriche, une en Italie, une en Angleterre et une aux États-Unis), nous avons décidé de nous consacrer sur ces six brasseries : notre voyage sera donc un tour de Belgique des abbayes trappistes !

Après avoir échangé avec nos amis respectifs au cours des mois précédents, l’équipe de ce projet se fixera donc à six personnes : deux originaires de Saint-Brieuc (Clément, Clément), deux de Lyon (Philippe, Pierre) et deux de la région parisienne (Greg, Xavier). Les mois précédant le départ sont marqués par de longs échanges de mails afin d’établir un itinéraire, mettre en commun une liste de matériel ou encore partager nos avis sur les différents aspects techniques d’un tel voyage. Nous tombons d’accord sur une durée d’une semaine en cyclo-camping, suffisamment longue pour « décrocher » et profiter du séjour sans que cela soit trop compliqué dans nos différentes vies personnelles et professionnelles. Et c’est ainsi que nous nous retrouvons donc tous les six le mardi 23 avril à 11h à la gare du Nord de Paris pour le grand départ, avec nos bicyclettes et nos bagages.

Jour 1 :

Nous embarquons donc dans un (très) vieux TER en direction d’Aulnoye-Aymeries (59) où la mise en place des six vélos dans le train est déjà folklorique, les couloirs étant si étroits que les vélos auront du mal à passer et qu’il nous faudra dès le début enlever toutes les sacoches. Les deux heures de ce premier trajet nous permettront surtout de nous raser dans des toilettes (très) sales afin d’arborer chacun une magnifique moustache pour la semaine. Le ton est donné !

Cette première étape commence donc sur les routes françaises du Nord, plutôt hostiles aux vélos car totalement dépourvues d’aménagements cyclables. Heureusement les premiers kilomètres après la frontière belge vont nous rassurer avec des voies cyclables touristiques de grandes qualités (le réseau RAVeL) et des conducteurs globalement moins agressifs que leurs congénères français. Après quelques petits pépins techniques (deux crevaisons qui seront heureusement les seules du voyage), nous arrivons en fin de journée à l’abbaye de Scourmont de Chimay, la première sur notre liste. Les abbayes étant des lieux de vie et de prière pour les moines, il n’est possible de les visiter. Nous prenons donc une première photo souvenir avant d’aller déguster la bière 500 mètres plus loin à l’espace Chimay, une sorte de brasserie-restaurant avec boutique aux couleurs de la bière locale. Servie à la pression (Chimay dorée en ce qui me concerne) et après une grosse après-midi de vélo, c’est forcément délicieux et nous en profitons pleinement avant de rajouter quelques kilomètres à notre parcours pour aller poser la tente sur une aire de bivouac dans la forêt toute proche pour une première nuit de camping.

Jour 2 :

Réveillés dès l’aube par les premiers rayons du soleil, nous constatons avec soulagement que personne n’a été mangé par les sangliers pendant la nuit. Nous prenons tranquillement notre premier petit-déjeuner sur l’aire de bivouac (merci Xavier pour le café à la turque) avant de plier le camp et de prendre la route car une grosse journée nous attend jusqu’à Rochefort. Nous sommes sur les contreforts des Ardennes et la route est légèrement vallonnée, mais le réseau RAVeL nous permet d’emprunter de longues portions rectilignes sans circulation automobile, un régal !

Pour la première pause repas à Givet, incursion française en Belgique le long de la Meuse et à l’extrémité de la pointe des Ardennes, nous ne résistons pas à l’appel de la friterie. Cruelle erreur car après avoir baffré comme des morts de faim, la route remonte aussi sec et nous empruntons même (merci Google Maps) un chemin forestier caillouteux où la pente avoisine les 20%. A la limite de vomir et suant à grosses gouttes, nous avouons malgré tout que la vue est superbe sur la vallée de la Meuse et la centrale nucléaire voisine.

Après un nouveau secteur RAVeL le long de la Lesse, nous arrivons à Rochefort avec 100 kilomètres au compteur. Nous posons les tentes au camping local juste avant l’averse, puis nous roulons (sans les sacoches, quel bonheur) jusqu’à l’abbaye Notre-Dame de Saint-Rémy située en périphérie de la ville pour la traditionnelle photo. Stupéfaction et consternation lorsque nous apprenons qu’il est impossible de déguster une Trappiste de Rochefort à la pression, même dans le centre-bourg de Rochefort City ! Nous nous rabattons donc sur quelques bouteilles de Rochefort 8 et 10 que nous consommerons au camping avec du fromage local avant une douche et une nuit de repos bien méritée, malgré la frustration de ne pas avoir réussi à percer le secret de la mystérieuse sauce lapin.

Jour 3 :

Le troisième jour commence par un coup dur : l’abandon de Greg qui se traînait en queue de peloton depuis le départ, miné par un entraînement insuffisant ainsi que par quelques soucis professionnels. Avant de devenir un boulet pour le groupe, il prend donc la difficile décision de se retirer de l’aventure et accède ainsi au statut de martyr du cyclotourisme. Si cela n’est drôle pour personne, nous constaterons rapidement que sa décision était malgré tout la bonne car ce troisième jour sera finalement le plus difficile de la semaine avec un véritable traversée des Ardennes du nord vers le sud, le tout sous une météo capricieuse (vent de face en rafales et pluie intermittente qui deviendra déluge sur la fin du parcours) jusqu’à l’arrivée devant la magnifique abbaye d’Orval. Après un petit tour à la boutique et une photo, nous dégusterons donc un Orval vert à la pression, une version légèrement allégée de l’Orval classique normalement réservée à la consommation des moines et uniquement disponible en dégustation à l’auberge face à l’abbaye.

Il nous faudra ensuite remonter la vallée sur une dizaine de kilomètres pour rejoindre la gare de Florenville où nous prenons le train pour Namur, afin d’y être accueilli par la cousine de Clément qui nous hébergera pour la nuit. Profitant de ce luxe passager, nous décidons de forcer le destin et d’aller boire quelques bières supplémentaires en ville et terminons cette journée mémorable par un karaoké fabuleux jusqu’à 2h du matin. Bonnie Tyler, Richard Cocciante, Joe Dassin, The Offspring : du plaisir à l’état pur. Seul ombre au tableau, le refus du DJ de nous laisser chanter du Michel Sardou. Merci quand même.

Jour 4 :

Comme prévu, le réveil est rude. Heureusement, cette journée est une des plus faciles au programme, avec un trajet longeant la Meuse jusqu’à Liège où nous prendrons un nouveau train vers la Hollande. Nous partons plus tard que d’habitude et roulons en fin de matinée jusqu’à Huy où nous mangerons en ville au pied du fameux Mur, bien connu des fans de cyclisme et où se termine chaque année la Flèche Wallonne. En hommage à Julian Alaphilippe, nous décidons de grimper le Mur après avoir déposé les sacoches dans un café-vélo particulièrement sympathique, soit une montée de 1,2 km avec des pourcentages dépassant les 20 %. On dérouille donc correctement et on arrive malgré tout en haut, sauf Clément qui voyage en pignon fixe et cale logiquement au milieu de la montée.

Après un massage cardiaque et une greffe des deux poumons, on redescend prendre nos sacoches pour continuer notre route jusqu’à Liège sur une voie verte qui deviendra de pire en pire au fur et à mesure que l’on se rapprochera de la ville. Après des tours et des détours dans des faubourgs glauques et franchement crades, on arrive finalement jusqu’à la gare qui est aussi impressionnante que ridiculement démesurée. On monte alors dans un train en direction des Pays-Bas et après un changement à Maastricht, nous arrivons à Weert où le premier homme rencontré devant la gare nous propose de la weed, classique. Un peu fatigués par une journée plus difficile que prévue (le karaoké n’ayant pas aidé), on décline gentiment avant de découvrir des aménagements cyclables proprement hallucinants lorsque l’on a l’habitude de se déplacer à vélo en France. On rejoint un camping nature vraiment sympa à quelques kilomètres de là avant de monter la tente, manger un morceau et s’évanouir dans nos sacs de couchage.

Jour 5 :

Après une journée de transition sans abbaye trappiste, le cinquième jour nous en réserve deux ! Nous pédalons une grosse vingtaine de kilomètres en jouant à cloche-pied avec la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas, et pour cause : l’abbaye Notre-Dame de Saint-Benoît à Achel était tout simplement traversée par la frontière pendant la seconde guerre mondiale ! Pour la première fois du séjour, nous dégustons donc une bière trappiste (une brune à la pression, s’il vous plaît) en plein milieu de la matinée ce qui est loin d’être désagréable.

Nous ne traînons malgré tout pas trop car une grosse journée nous attend à travers la Flandre pour rallier l’abbaye de Westmalle avant le soir. Et contre toute attente, malgré la pluie encore présente, le vent soufflant parfois en rafales et le langage inaudible des autochtones, nous réussissons dans cette audacieuse mission, bien aidés par la totale absence de relief dans cette partie du pays. Après une photo devant l’abbaye Notre-Dame du Sacré-Cœur, nous décidons de manger au restaurant trappiste « officiel » à quelques centaines de mètres de là. Scène des plus cocasses : puants et en tenues cyclistes, nous avons l’impression de débarquer au beau milieu d’un repas de l’amicale des diamantaires d’Anvers (la ville est toute proche de l’abbaye) où les convives présents sont tous habillés avec la plus grande classe et où la moyenne d’âge se situe entre le double et le triple du nôtre. Nous avons même peur un instant de nous faire refouler ce qui ne sera heureusement pas le cas, même moustachu et vêtu d’un maillot à pois du Tour de France 1999 dégageant une odeur de bouc en putréfaction. Nous dégustons avec délice une Westmalle « half-half » (peut-être la meilleure bière de la semaine), une bière pression où la Double et la Triple produites par l’abbaye sont mélangées à la sortie du fût. Simplement divin !

Une carbonnade flamande plus tard, nous repartons un peu imbibés devant les sourires ou la consternation de l’assistance (au choix) et parvenons malgré tout à rejoindre notre camping à une dizaine de kilomètres du restaurant. Une douche et une nouvelle bière plus tard (dans le bar du camping cette fois), extinction des feux après une nouvelle journée épique.

Jour 6 :

Sur le papier, la journée la plus courte du périple. Elle le sera effectivement mais ne sera pas pour autant facile. Nous rejoignons la gare d’Anvers en matinée après une vingtaine de kilomètres le long d’un canal et sous une pluie diluvienne. La circulation dans la ville est un peu hasardeuse mais nous parvenons néanmoins à trouver la gare avant de s’enfiler une dose de frites massive en attendant le départ de notre train. Notre troisième et dernière liaison ferroviaire nous emmènera jusqu’à Roeselare (Roulers pour les francophones) en Flandre-Occidentale, non loin de la frontière française.

Nous posons nos vélos en centre-ville dans un café accolé à un musée du cyclisme franchement sympa où nous en profitons pour regarder la retransmission de la course cycliste Liège-Bastogne-Liège en buvant quelques nouvelles bières locales. Après l’arrivée de la course, remise en selle afin de rejoindre la ville voisine d’Ypres où nous avons visualisé un camping. A cet instant, Xavier et Clément pètent un câble et décident de rouler comme des brutes pour les 25 kilomètres restants et nous arrivons donc tous au camping totalement rôtis. Peu de kilomètres donc, mais des cuisses en feu malgré tout ! Une dernière soirée en extérieur mémorable et glaciale au milieu des lapins et nous allons tous nous coucher habillés comme des explorateurs du Grand Nord, les températures de la nuit étant annoncées à 4 degrés.

Jour 7 :

La dernière nuit en extérieur fut effectivement fraîche mais personne n’a finalement trop souffert. Après avoir plié les tentes pour la dernière fois du séjour, nous partons donc plein nord pour rejoindre la mythique abbaye Saint-Sixte de Westvleteren. Pourquoi mythique ? Car la bière brassée sur place n’est commercialisée nulle part excepté à l’abbaye (uniquement sur rendez-vous) ainsi qu’au restaurant attenant, que la production est volontairement faible et que la Westvleteren XII a été élue à plusieurs reprises « meilleure bière du monde », tout simplement. Nous avons donc le privilège de déguster ces nectars à la table du restaurant au beau milieu de la matinée (nous partagerons une WV blonde et une WV 8 brune avec Xavier) et ceux-ci se révèlent dignes de leur réputation. Nous bouclons donc ainsi en beauté le tour des abbayes trappistes belges, mais il reste néanmoins une étape sur notre parcours.

Il existe en effet en France une abbaye trappiste au Mont des Cats, au nord-ouest de Lille, produisant de la bière mais n’ayant pas le droit d’arborer le logo trappiste officiel car la bière n’est pas brassée sur place mais à l’abbaye de Scourmont, à Chimay. Cette bière peut néanmoins faire figurer la mention « bière trappiste » sur l’étiquette (comprenne qui pourra) et nous avons bien évidemment décidé de la rajouter à notre programme. Nous quittons donc Westvleteren pour repasser en France et escalader à la force des mollets le fameux Mont des Cats au sommet duquel se trouve l’abbaye Sainte-Marie. Pas de bière pression à l’auberge voisin et des prix affolants, nous achetons donc des bouteilles dans la boutique voisine et pique-niquons ainsi face à l’abbaye sous un météo clémente pour ce dernier jour de route.

Le retour à Lille se fera dans l’après-midi et à un bon rythme (malgré l’ascension du Kemmelberg qui pourrait s’apparenter à de la torture avec 17% de pente et des pavés monstrueux) car Pierre ne devait pas rater son train de retour en fin de journée. Mission accomplie, nous posons fièrement devant le beffroi de la capitale des Hauts-de-France avant d’accompagner notre compagnon à la gare. Les quatre mousquetaires restant profiteront de la soirée pour rajouter quelques bières à un total déjà bien chargé ainsi que faire élire la plus belle moustache du groupe dans un bar gay de la ville, tout ça avant de rentrer le lendemain en train pour un retour à la vie normale après cette parenthèse belge des plus agréables.

Prochaine étape désormais : trouver une destination et un thème pour la prochaine aventure du Club !

TOTAL :

600 kilomètres de vélo

7 abbayes trappistes et leurs bières (6 belges, 1 française)

3 liaisons en train

3 pays visités (France, Belgique, Pays-Bas)

2 crevaisons

1 sacoche déchirée (réparation de grande qualité à base de tendeurs)

5 moustaches (celui ayant refusé a subi la punition divine et a dû quitter l’aventure de manière prématurée)

23 kg de bagages en ce qui me concerne

Vous pouvez suivre les aventures du Ostara Bicycle Club sur Instagram :https://www.instagram.com/ostara_bicycle_club/

Plus d’informations sur les bières trappistes sur le site de l’Amicale des buveurs de bières trappistes : https://abbetrappiste.com/

Si vous avez des questions particulières sur ce voyage, n’hésitez pas à m’écrire :clement.janot@gmail.com

O Ghel An Heu

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